L'intelligence artificielle générative a besoin de modèles, de processeurs et de logiciels. Mais elle dépend aussi de dizaines de composants beaucoup moins visibles : câbles, systèmes de refroidissement, équipements électriques, cartes réseau et baies capables d'accueillir des centaines de processeurs.
C'est précisément sur ce terrain que Foxconn entend renforcer sa position. Lors de son événement technologique annuel organisé à Taipei le 30 octobre 2026, Young Liu a indiqué qu'une nouvelle collaboration avec OpenAI était en préparation.
Le dirigeant a confirmé avoir rencontré Sam Altman plus tôt dans la journée. Il a toutefois refusé de détailler la nature du futur accord, précisant qu'une annonce interviendrait lorsque les éléments seraient finalisés.
La distinction est essentielle : les discussions sont confirmées, mais elles ne constituent pas encore une commande annoncée, un investissement chiffré ou un contrat industriel dont les conditions seraient publiques.
Une rencontre confirmée, mais pas encore de nouvel accord détaillé
L'information provient de déclarations faites à la presse pendant le Hon Hai Tech Day, le rendez-vous annuel où Foxconn présente ses activités et ses orientations technologiques.
Selon Reuters, Young Liu a expliqué travailler avec OpenAI sur une nouvelle forme de coopération après sa rencontre avec le directeur général du groupe américain.
Il n'a pas indiqué quels produits seraient concernés, où ils seraient fabriqués ou combien d'unités pourraient être commandées.
Aucune valeur contractuelle n'a été divulguée. Il n'existe pas non plus de calendrier public permettant de dater la signature ou le lancement d'un éventuel nouveau programme industriel.
Ces inconnues empêchent de présenter le rapprochement comme une acquisition, une nouvelle usine déjà décidée ou une commande de serveurs confirmée.
Elles n'enlèvent pas son intérêt à l'annonce. Foxconn et OpenAI disposent déjà d'une base de travail commune, ce qui donne une portée particulière à la poursuite de leurs discussions.
Le premier partenariat remonte à novembre 2025
Le rapprochement entre les deux entreprises n'a pas commencé le 30 octobre.
OpenAI avait annoncé le 20 novembre 2025 une collaboration avec Hon Hai Technology Group, le nom officiel du groupe Foxconn, autour de la conception et de la préparation industrielle du matériel nécessaire aux prochaines générations de centres de données IA.
Foxconn avait publié sa propre communication le 21 novembre à Taipei.
Trois axes structuraient cette coopération initiale.
Le premier concernait la conception conjointe de plusieurs générations de baies informatiques pour les centres de données.
Le deuxième visait la simplification et la localisation d'une partie des chaînes d'approvisionnement aux États-Unis.
Enfin, les partenaires prévoyaient de travailler sur la fabrication américaine de composants essentiels, notamment le câblage, les réseaux, le refroidissement et les équipements d'alimentation électrique.
Le rôle d'OpenAI consistait notamment à communiquer ses besoins techniques futurs afin d'orienter la conception du matériel.
Foxconn devait apporter son expérience de l'ingénierie industrielle, de l'assemblage et de la production à grande échelle.
Cet arrangement ne comportait cependant aucune obligation financière ou d'achat ferme au moment de son annonce.
OpenAI disposait d'un accès anticipé pour évaluer les équipements et d'une option permettant d'en acheter ultérieurement.
Il serait donc incorrect d'en déduire que le premier partenariat garantissait déjà un volume déterminé de commandes.
Pourquoi les baies informatiques sont devenues stratégiques
Un centre de données spécialisé dans l'intelligence artificielle ne se résume pas à une collection de cartes graphiques installées dans des serveurs conventionnels.
Les accélérateurs les plus puissants nécessitent des interconnexions rapides, des systèmes d'alimentation importants et des dispositifs capables d'évacuer une chaleur considérable.
Une baie informatique, souvent appelée rack, constitue une unité d'intégration essentielle. Elle rassemble plusieurs systèmes de calcul, des équipements réseau et les composants nécessaires à leur fonctionnement.
Lorsque des dizaines de processeurs ou d'accélérateurs doivent travailler ensemble, les contraintes portent sur l'ensemble de cette architecture.
L'alimentation électrique doit rester stable. Les communications entre processeurs doivent limiter les délais. Le refroidissement doit maintenir les composants dans des conditions thermiques compatibles avec leurs performances.
Ces exigences rendent le travail d'intégration industrielle aussi important que certaines caractéristiques individuelles des puces.
Une entreprise maîtrisant la production et l'assemblage de ces systèmes peut donc occuper une position stratégique, même sans concevoir elle-même les modèles IA ou tous les processeurs utilisés.
Foxconn possède déjà une expérience majeure avec NVIDIA
Foxconn n'arrive pas sur ce marché en nouvel entrant.
Le groupe est un important fabricant de serveurs destinés aux infrastructures NVIDIA. Reuters le présente comme le premier constructeur de serveurs IA pour le fabricant américain.
Cette activité lui donne une expérience directe des contraintes d'assemblage des systèmes de calcul haute densité.
Il faut notamment intégrer les accélérateurs, les composants réseau, les mécanismes de refroidissement et l'alimentation dans des ensembles pouvant être déployés en quantité.
Cette expertise peut intéresser OpenAI, dont les besoins de calcul augmentent avec le développement de modèles et de services plus exigeants.
Le fait de collaborer avec NVIDIA n'empêche pas Foxconn de travailler avec d'autres entreprises.
Il serait néanmoins prématuré d'affirmer que la nouvelle coopération avec OpenAI implique une technologie de processeur précise.
Aucune architecture matérielle, aucun fournisseur de puces et aucune configuration définitive n'ont été annoncés pour le projet évoqué le 30 octobre.
La distinction entre l'expérience industrielle existante de Foxconn et le contenu encore inconnu de la nouvelle collaboration doit donc être conservée.
Six bâtiments industriels à Houston et des projets d'expansion
Les États-Unis représentent une autre partie importante du dossier.
Young Liu a déclaré que Foxconn disposait de six bâtiments industriels à Houston, au Texas, où le groupe fabrique des serveurs IA pour NVIDIA.
Le dirigeant considère qu'une expansion supplémentaire sera nécessaire.
Cette déclaration confirme une intention industrielle, mais ne précise pas le nombre de bâtiments qui seraient ajoutés, les sommes investies ou le calendrier exact.
Elle ne signifie pas non plus que ces installations supplémentaires seraient automatiquement réservées à OpenAI.
La localisation américaine s'inscrit dans une stratégie plus large visant à rapprocher certaines étapes de fabrication des grands utilisateurs de systèmes IA.
Une production régionale peut faciliter la logistique et réduire certaines dépendances à des chaînes d'approvisionnement internationales très longues.
Elle ne supprime toutefois pas la nécessité de se procurer des composants avancés auprès de fournisseurs situés dans différents pays.
Les processeurs, la mémoire à haute bande passante et certains équipements spécialisés restent soumis à des capacités de fabrication et à des contraintes de disponibilité spécifiques.
Les serveurs IA représentent désormais plus de la moitié d'un grand segment de Foxconn
Le poids économique de cette transformation apparaît dans les résultats du groupe.
En août, Foxconn avait indiqué que son activité cloud et réseau, comprenant notamment les serveurs IA, représentait 51 % de son chiffre d'affaires au deuxième trimestre 2026.
C'était la première fois que cette catégorie franchissait le seuil de 50 %.
Ce chiffre ne signifie pas que les seuls serveurs IA ont généré 51 % des revenus. Il concerne l'ensemble d'un segment comprenant aussi d'autres produits cloud et réseau.
Il démontre cependant que les infrastructures de calcul occupent une place majeure dans le portefeuille du groupe.
Foxconn reste associé dans le grand public à la fabrication de produits électroniques pour de grandes marques, notamment Apple.
Son développement dans les serveurs reflète une diversification vers des équipements dont la demande dépend davantage des investissements des centres de données que des cycles de renouvellement de smartphones.
La nouvelle coopération envisagée avec OpenAI pourrait prolonger cette diversification.
Son effet financier concret ne pourra toutefois être évalué qu'après publication d'engagements industriels ou commerciaux suffisamment précis.
OpenAI cherche à intervenir plus tôt dans la conception du matériel
La collaboration initiale de 2025 révèle une dimension importante de la stratégie d'OpenAI.
L'entreprise ne cherche pas uniquement à acheter de la puissance informatique disponible sur le marché.
Elle souhaite également faire remonter les besoins futurs de ses modèles jusqu'aux équipes qui conçoivent les infrastructures physiques.
Cette approche peut aider à réduire le délai entre l'identification d'une nouvelle contrainte informatique et la disponibilité d'un équipement adapté.
Par exemple, de nouvelles charges d'inférence peuvent imposer des besoins différents en mémoire, en connectivité ou en consommation énergétique.
La conception des baies et des systèmes de refroidissement doit alors évoluer avec celle des accélérateurs.
Travailler en parallèle sur plusieurs générations de matériel peut donner davantage de visibilité aux fabricants.
Ce modèle comporte néanmoins des risques.
Les spécifications peuvent évoluer avant l'industrialisation, et une architecture optimisée pour un type de calcul peut devenir moins pertinente si les logiciels changent.
La coopération entre développeurs de modèles et industriels vise à gérer ces contraintes. Elle ne garantit pas leur disparition.
Une chaîne d'approvisionnement américaine, mais pas entièrement indépendante
Le premier partenariat entre OpenAI et Foxconn insistait sur la fabrication aux États-Unis.
Les entreprises évoquaient notamment la production locale de câbles, de composants réseau, de systèmes électriques et de refroidissement.
L'intérêt est autant logistique qu'industriel.
Un centre de données ne peut pas être mis en service simplement parce que ses accélérateurs sont disponibles.
Il doit disposer de la distribution électrique, des équipements thermiques et des connexions nécessaires à son exploitation.
Une pénurie sur un composant apparemment secondaire peut retarder un projet représentant des investissements considérables.
La localisation de certaines étapes de fabrication peut limiter des risques, sans créer une chaîne entièrement nationale.
Les équipements continuent de dépendre de composants et de matières premières issus d'un réseau international.
La robustesse d'une infrastructure se mesure donc à la diversité de ses fournisseurs, à la capacité de remplacement des pièces et à la disponibilité réelle des installations.
Young Liu rejette l'idée d'une bulle de l'intelligence artificielle
Le dirigeant de Foxconn a également commenté les inquiétudes des marchés financiers concernant les dépenses liées à l'intelligence artificielle.
Alors que certains investisseurs s'interrogent sur la capacité des entreprises technologiques à rentabiliser leurs investissements massifs, Young Liu considère que le secteur n'est pas entré dans une bulle.
Il prévoit une croissance à deux chiffres pour Foxconn en 2027.
Cette prévision repose notamment sur la poursuite des commandes et de la construction d'infrastructures IA.
Elle reste une estimation de la direction.
L'existence de commandes industrielles importantes ne garantit pas que tous les investissements réalisés par les clients produiront les revenus attendus.
La rentabilité d'un centre de données dépend du taux d'utilisation des équipements, du coût de l'électricité, de l'amortissement et du prix facturé pour le calcul.
Ces variables peuvent évoluer indépendamment de la capacité des fournisseurs à fabriquer de nouveaux serveurs.
Il faut donc distinguer une forte demande industrielle actuelle d'une démonstration définitive de la rentabilité de l'ensemble de l'écosystème IA.
La robotique constitue un autre axe de développement
Le Hon Hai Tech Day a également permis à Foxconn d'évoquer ses projets en robotique.
Le groupe indique avoir déployé plus d'une dizaine de robots humanoïdes dans ses installations du Texas pour des usages internes.
Il envisage d'étendre leur utilisation à d'autres sites.
Foxconn Industrial Internet a également présenté des modèles de robots sur roues destinés à des opérations de manutention, d'assemblage et de chargement.
Le groupe travaille par ailleurs sur des technologies robotiques exploitant les modèles GR00T de NVIDIA.
Ces initiatives illustrent la diversification de Foxconn vers l'automatisation industrielle.
Elles ne doivent pas être attribuées au futur partenariat avec OpenAI, dont le périmètre n'a pas encore été annoncé.
Les projets de robotique sont donc un élément de contexte sur les capacités du groupe, et non une composante confirmée des nouvelles discussions.
La prochaine annonce devra préciser les engagements réels
Les déclarations du 30 octobre confirment une intention commune de poursuivre le travail entre Foxconn et OpenAI.
Elles ne suffisent pas encore à connaître l'ampleur de cette coopération.
Plusieurs informations seront déterminantes : la nature des équipements concernés, l'existence ou non de commandes fermes, les sites industriels mobilisés et le calendrier de production.
Il faudra également vérifier si le nouvel arrangement modifie les engagements financiers par rapport à l'accord de novembre 2025.
Ce précédent accord prévoyait une coopération technique et une possibilité d'achat, mais pas de commande garantie.
La distinction entre option commerciale et obligation d'achat demeure essentielle pour apprécier les annonces futures.
Le sujet illustre finalement une transformation plus profonde de l'industrie technologique.
Les entreprises qui développent l'intelligence artificielle ont besoin d'un approvisionnement continu en équipements informatiques complets, pas uniquement en processeurs.
Foxconn veut devenir l'un des industriels capables de répondre à cette demande.
La rencontre entre Young Liu et Sam Altman confirme la poursuite des discussions. La véritable portée du rapprochement dépendra de ce que les deux entreprises choisiront effectivement de signer, de fabriquer et de déployer.